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QUE FERA L’ORDRE DES PSYCHOLOGUES ?

Lettre éditoriale – 11 mai 2014

J’aimerais réagir à la suite de la parution, le 4 mai dernier, du texte écrit par Yves Dalpé, psychologue. Son texte s’intitule : « Dénonciation des sévices sexuels : attention aux abus ». J’ai pris quelques jours pour écrire ces lignes, car je désirais produire un texte franc, sans être trop virulent. Le texte de Monsieur Dalpé me laisse un goût amer et m’amène à me demander si beaucoup de psychologues pensent comme lui.

Dès le premier paragraphe, il banalise les abus sexuels en disant que – et je le cite – « (…) certaines situations donnent lieu à des réactions injustifiées et disproportionnées ». Par la suite, il minimise les gestes reprochés en nous donnant un exemple – un peu boiteux – d’un homme âgé qui a été dénoncé pour des gestes commis il y a 40 ans. Il nous dit que trop souvent on démonise des hommes qui ont eu « des écarts sur le plan sexuel » et qu’il faudrait faire la différence entre un geste qui ne s’est jamais reproduit et des comportements clairement abusifs.

Il en rajoute en disant que certains individus sont répréhensibles sur le plan sexuel. Son exemple ? Les gens qui ont de multiples relations extra-conjugales sans se sentir coupables. Son constat : il est moins grave d’être un  »mononcle » qui a trop bu et qui a effleuré le sein de sa nièce qu’un mari infidèle à répétition.

Finalement, les victimes et les agresseurs sexuels devraient se parler dans la dignité plutôt que de partir en guerre. Et la claque finale : les victimes ne devraient pas nécessairement dénoncer publiquement leurs agresseurs puisque, toujours selon monsieur Dalpé, « l’agresseur est souvent une personne aimée par l’enfant abusé ».

Monsieur Dalpé, j’ai quelques questions pour vous :

– Un pédophile peut-il être guéri ?
– Une plainte unique élimine-t-elle automatiquement d’autres victimes ?
– Statistiquement parlant, un agresseur a-t-il tendance à faire une seule ou plusieurs victimes ?
– Une agression sexuelle peut-elle réellement être considérée comme un écart de conduite ou est-ce un acte criminel répréhensible par la loi ?
– Un geste qui ne s’est jamais reproduit ne peut-il pas être abusif ?
– La victime n’est-elle pas la personne la mieux placée pour déterminer si c’est bon pour elle de dénoncer publiquement son agresseur ?
– Connaissez-vous beaucoup de cas d’abus sexuels qui se sont réglés dans la dignité – du moins pour la victime ?
– Abuser sexuellement d’un enfant peut-il vraiment être considéré comme une démonstration d’amour de la part de l’agresseur ?

Aujourd’hui, nous demandons à l’Ordre des Psychologues d’agir le plus rapidement possible. Nous aimerions connaître sa position face à un psychologue qui nous laisse croire que les abus sexuels sont des gestes banals, que de parler avec son agresseur est une meilleure solution que de le dénoncer et que c’est la faute de la victime si, après avoir été dénoncé, son agresseur voit sa vie être brisée.

Alain Fortier
Président de Victimes d’Agressions Sexuelles Au Masculin (VASAM)
Auteur du livre : « Agressé sexuellement, de victime à résilient ».

PRÉSENTATION – juin 2014

PRÉSENTATION – juin 2014

Notes pour une intervention de monsieur Alain Fortier,
président de président de VASAM (Victimes d’Agressions Sexuelles Au Masculin)
au sujet du Projet de loi C- 489 Loi modifiant le Code criminel et la Loi sur le système correctionnel et la mise en liberté sous conditions (conditions imposées aux délinquants)

Bonjour,
Mon nom est Alain Fortier, président de VASAM (Victimes d’Agressions Sexuelles Au Masculin).
À ses débuts, VASAM était une initiative personnelle ; avec le temps et les demandes grandissantes, plusieurs victimes ont décidé de se réunir afin d’en faire un organisme à but non lucratif. La mission de notre organisme est :
– de conscientiser la population et les instances politiques sur la problématique des agressions sexuelles perpétrées sur les hommes durant leur enfance ;
– d’orienter et guider les hommes vers des ressources appropriées afin de pouvoir survivre aux traumatismes et problèmes de santé qui accompagnent longtemps les victimes après que le crime n’ait été commis ;
– d’encourager les hommes de tous âges, qui ont été victimes d’agressions sexuelles, à demander de l’aide pour briser l’isolement et reprendre le contrôle de leur vie.

Voici les raisons qui motivent notre organisme à appuyer sans réserve le projet de loi C-489 adopté par la Chambre des Communes et qui est maintenant devant vous, au Sénat. Dans un premier lieu, VASAM supporte les objectifs de ce projet de loi car ses objectifs sont très clairs :

 C-489 vise à assurer le bien-être et la sécurité des victimes et de leur famille ainsi que des témoins, en les protégeant contre les délinquants reconnus coupables
 C-489 vise à accroître la confiance des victimes à l’égard du système de justice. Cette confiance a été trop souvent entachée par certaines décisions des tribunaux qui imposent souvent très peu de conditions aux délinquants.

Grâce au projet de loi, les victimes recevront un message clair : leurs préoccupations quant à leur sécurité pourront être entendues et seront prises en compte, autant devant une cour de justice que devant la Commission des libérations conditionnelles.

Par exemple, afin d’atteindre cet objectif, le projet de loi obligera les tribunaux à imposer aux délinquants reconnus coupables d’une infraction sexuelle à l’endroit d’un enfant des restrictions précises afin de protéger la victime et sa famille, ainsi que les témoins.

Ces mesures, si elles sont acceptées, renforceront la sûreté et la tranquillité d’esprit des victimes, en leur assurant de ne plus revivre de moments difficiles, par exemple en rencontrant leur agresseur par hasard.

Permettez-moi maintenant de vous donner trois raisons importantes pour voter en faveur de l’adoption de ce projet de loi dans sa forme actuelle.

Premièrement, les tribunaux et les libérations conditionnelles devront prendre plus au sérieux la question des contacts entre les délinquants et leurs victimes. Ils devront prendre les mesures nécessaires et raisonnables pour protéger les victimes.

VASAM applaudit particulièrement l’adoption de la Clause 1 du projet de loi, qui permettra au juge d’interdire à un délinquant de se trouver à moins de deux kilomètres — ou à moins de toute autre distance prévue dans l’ordonnance — de toute habitation où réside habituellement la victime identifiée dans l’ordonnance ou de tout autre lieu mentionné dans l’ordonnance.

D’une part, l’environnement familial – lieu de vie, travail ou établissement scolaire – deviendra un facteur pertinent et reconnu qui sera pris en considération par les juges. L’imposition d’un périmètre permettra à la victime de se sentir davantage en sécurité lorsqu’elle est chez elle ou à son lieu de travail ou d’études. D’autre part, il faut percevoir l’imposition du périmètre de sécurité comme une mesure de prévention qui aidera à réduire les risques de récidives et les risques de tension entre la victime et le délinquant. En ce qui touche les pédophiles, comme vous le savez, les risques de récidives sont élevés. Les victimes ont aussi droit à la vie et à la sécurité.

Deuxièmement, la Commission des libérations conditionnelles devra prendre en compte la réalité des victimes lors de la remise en liberté des délinquants. En effet, si une victime indique dans sa déclaration qu’elle a des craintes pour sa vie ou pour sa sécurité, ou pour celle des membres de sa famille, un commissaire aux libérations devra en prendre note. Ce dernier devra aussi justifier sa décision advenant le cas où il ne prendrait pas en compte les craintes de la victime. Nous croyons que cela favorisera un meilleur dialogue entre les victimes et la Commission des libérations conditionnelles, en plus d’encourager les victimes à rédiger une déclaration et à demander que leur sécurité soit prise en considération.

Finalement, nous croyons que ce projet de loi diminuera de beaucoup la possibilité de re-victimisation ou de stress post-traumatique pour les victimes, puisqu’elles ne risqueront plus de rencontrer leur agresseur par hasard.

En effet, rencontrer à nouveau son agresseur est souvent, pour une victime, une inquiétude importante. La victime ne sait pas comment l’agresseur va réagir lorsqu’il sera en liberté. Va-t-il tenter de l’intimider ? De se venger ? De l’agresser à nouveau ? Nous croyons que plus nous protégerons nos victimes, plus elles auront tendance à dénoncer leur agresseur. Ce qui nous permettra, en tant que notre société, de rendre nos rues plus sécuritaires.

VASAM remercie le député Mark Warawa pour avoir déposé ce projet de loi.
Ce nouveau projet de loi fournit une opportunité pour les victimes, puisqu’elles peuvent prendre la parole pour faire connaître leurs préoccupations aux parlementaires.
Ce projet de loi servira non seulement les victimes du comté de Monsieur Warawa, mais également des milliers d’autres personnes qui font face à un crime chaque année.

Merci beaucoup pour votre écoute.

OPINION PRÉSENTÉE AU COMITÉ PERMANENT DE LA JUSTICE ET DES DROITS DE LA PERSONNE CHAMBRE DES COMMUNES AU SUJET DU PROJET DE LOI C-26 MODIFIANT LE CODE CRIMINEL, LA LOI SUR LA PREUVE AU CANADA ET LA LOI SUR L’ENREGISTREMENT DE RENSEIGNEMENTS SUR LES DÉLINQUANTS SEXUELS, ÉDICTANT LA LOI SUR LA BANQUE DE DONNÉES CONCERNANT LES DÉLINQUANTS SEXUELS À RISQUE ÉLEVÉ (INFRACTION SEXUELLES VISANT LES ENFANTS) ET MODIFIANT D’AUTRES LOIS EN CONSÉQUENCE

OPINION PRÉSENTÉE AU COMITÉ PERMANENT DE LA JUSTICE ET DES DROITS DE LA PERSONNE CHAMBRE DES COMMUNES AU SUJET DU PROJET DE LOI C-26 MODIFIANT LE CODE CRIMINEL, LA LOI SUR LA PREUVE AU CANADA ET LA LOI SUR L’ENREGISTREMENT DE RENSEIGNEMENTS SUR LES DÉLINQUANTS SEXUELS, ÉDICTANT LA LOI SUR LA BANQUE DE DONNÉES CONCERNANT LES DÉLINQUANTS SEXUELS À RISQUE ÉLEVÉ (INFRACTION SEXUELLES VISANT LES ENFANTS) ET MODIFIANT D’AUTRES LOIS EN CONSÉQUENCE

Présenté par
L’ASSOCIATION DES VICTIMES D’AGRESSIONS
SEXUELLES AUX MASCULIN (VASAM)

16 FÉVRIER 2015
Un projet de loi destiné à la protection de nos enfants contre les prédateurs sexuels.

Notre organisme

VASAM est le premier et le seul organisme au Québec qui vient en aide aux hommes victimes d’agressions sexuelles. Malgré son caractère très récent – à peine un an d’existence – nous avons déjà accompli beaucoup pour les victimes masculines. Nous avons déjà quelques centaines de membres individuels et corporatifs. Ceux qui nous consultent sont, dans presque tout les cas, des adultes ; par contre, les agressions subies ne sont pas survenues à l’âge adulte, mais lorsqu’ils étaient des enfants.

Fait à noter : nous travaillons de concert avec les organismes venant en aide aux femmes victimes d’agressions sexuelles.

La mission de notre organisme est :

– de conscientiser la population et les instances politiques sur la problématique des agressions sexuelles perpétrées sur les hommes, durant leur enfance;
– d’orienter et guider les hommes vers des ressources appropriées afin de pouvoir survivre aux traumatismes et problèmes de santé que subissent les victimes longtemps après l’agression ;
– d’encourager les hommes de tous âges, qui ont été victime d’agressions sexuelles, à demander de l’aide pour briser l’isolement et reprendre le contrôle de leur vie.

En matière de droit des victimes, l’association réagit à toute modification législative, en exigeant sans relâche une réaffirmation et un renforcement des droits aux victimes et en réclamant que la législation s’harmonise avec les droits des agresseurs.

Un appui sans réserve au projet de loi C-26

Aujourd’hui, nous sommes très heureux que vous nous donniez l’occasion de vous faire part des raisons qui motivent notre appui sans réserve au projet de loi C-26.

Parmi les dispositions du projet de loi et les mesures proposées, deux d’entre elles attirent principalement notre attention :

• l’alourdissement des peines d’emprisonnement minimales et maximales liées à certaines infractions d’ordre sexuel contre les enfants ;

• l’obligation imposée aux contrevenants, déclarés coupables d’infractions d’ordre sexuel contre de multiples enfants et qui reçoivent des peines distinctes, de les purger de façon consécutive – l’une après l’autre.

Notre appui sans réserve au projet de loi C-26 n’est pas idéologique, mais bien fondé sur une série d’expériences personnelles douloureuses. Il ne vise pas à punir davantage l’agresseur, mais à davantage protéger les victimes : imposer une sentence adéquate au prédateur sexuel d’enfants et prendre les dispositions requises pour qu’il la purge vraiment, c’est prendre en meilleure considération et respecter davantage les enfants agressés. L’esprit et la lettre du projet de loi C-26, c’est la protection de l’enfant.

Pas une simple question de mois ou d’années : un témoignage personnel

Il y a 23 ans, l’agresseur d’Alain Fortier a écopé de 90 jours de prison. De mon côté, moi, Frank Tremblay, mon agresseur a reçu une sentence de 3 ans pour 13 victimes. La Couronne en a appelé de la décision et, à l’unanimité, les trois juges de la Cour d’appel on cassé le jugement de première instance et lui ont imposé une sentence de 5 ans. En comparaison des 90 jours que l’on imposait, il y a 20 ans, la sentence peut sembler adéquate. Le diable est dans les détails, dit-on ; allons faire un tour en enfer pour voir s’il s’y trouve.

Mon agresseur, a obtenu 60 mois pour 13 victimes, mais a été libéré en mars 2014, après avoir purgé seulement 26 mois : 26 mois divisé par 13 victimes, c’est 2 mois par enfants. Au procès civil en recours collectif que j’ai intenté contre lui et son organisation, mon agresseur a avoué m’avoir agressé à, au moins, 80 reprises. À l’heure actuelle, ça ne se calcule pas de la sorte en droit criminel canadien ; mais dans ma tête et mon cœur d’enfant agressé sexuellement, ça fonctionne comme cela et le résultat est le même : 60 jours de détention pour 80 nuits d’agression sur un enfant de 13 ans = moins d’un jour de prison par nuit d’agression.

Comme vous pouvez le constater, si 5 ans de pénitencier peuvent sembler constituer une amélioration par rapport aux 90 jours de prison d’il y a 20 ans, il n’en est rien. Soixante jours de prison pour chaque petit garçon agressé est tout aussi insuffisant aujourd’hui qu’il y a 20 ans parce que les conséquences sont toutes aussi dramatiques.

Le projet de loi C-26 : reconnaître le tort pour protéger les enfants

Notre appui au projet de loi C-26 et à ses réformes va au-delà de la simple proportion arithmétique de la sentence par rapport au tort ; il est fondé sur la reconnaissance d’un sinistre vécu dans l’enfance pour les victimes et des efforts immense qu’ils doivent déployer pour s’en libérer.

Le projet de loi C-26 vient enfin reconnaître le tort infligé aux enfants agressés, en faisant preuve d’une plus grande considération lors du traitement de leur requête, au moment de l’imposition d’une sentence à leur bourreau et en leur assurant une meilleure protection par la création d’une banque publique de données sur les auteurs d’agressions sur des enfants.

On porte toujours en nous l’enfant que l’on a été ; s’il a été violé, cela fait de lui un homme brisé. VASAM a été mis sur pied pour lui venir en aide ; en adoptant le projet de loi C-26, vous lui dites que toute la société est là pour faire de même. Dite oui à C-26.

PARLER OU SE TAIRE À JAMAIS : UN MESSAGE CONTRADICTOIRE AUX VICTIMES D’ABUS SEXUELS

Lettre éditoriale – 18 janvier 2014

Le 15 janvier dernier, le Ministre de la Justice St-Arnaud a refusé de relancer le dossier de Marie-Renée Baillargeon, victime d’abus sexuels déplorant que la justice refuse d’accuser son agresseur. Le Ministre écrit : «Puisqu’il s’agit d’une question d’évaluation de la qualité de la preuve, je ne vois pas ce qui permettrait au Procureur général d’intervenir dans la décision prise par le directeur des poursuites criminelles et pénales».

Pour un instant, enlevons l’hypothèse des pressions politiques, l’agresseur étant, selon la victime, une personnalité fort connue. Arrêtons-nous plutôt à la qualité de la preuve requise, comme nous y invite le ministre.

L’un des points sur lesquels semble reposer sa logique concerne les rencontres sans suites qui auraient eu lieu entre le procureur de la couronne et Mme Baillargeon. Sait-il seulement si, lors de ces rencontres, le procureur a réellement tenté de connaître tous les faits validant le témoignage de Mme Baillargeon ?

Dans la majorité des cas d’agressions sexuelles, la preuve – et souvent la seule preuve – est la parole de la victime (contre celle de l’agresseur, la plupart du temps un très bon manipulateur qui lui a notamment permis de gagner le silence de la victime). Vous avez sûrement entendu Madame Baillargeon dans les médias. Nous sommes 8400 à ce jour à penser qu’elle est sincère et crédible, et à avoir signé une pétition pour la soutenir.

Madame Baillargeon est simplement une victime qui, à juste titre, cherche justice. Est-ce possible que le procureur de la couronne n’ait pas suffisamment investigué le témoignage de Mme Baillargeon ? Est-il possible que le procureur croit au témoignage de la victime, mais qu’il craigne ne pas pouvoir gagner devant un juge parce que l’agresseur serait trop habile à se défendre et trop influent ?

Il y a une divergence entre ce que je vois et ce que l’on veut me faire croire. Je vois une victime sincère et crédible et l’on veut me faire croire que la qualité de la preuve, c’est-à-dire de sa parole, n’est pas suffisante… Je suis aussi préoccupé par le message qui ressort de cette triste affaire.

La justice québécoise tient dans ce cas un discours qui discrédite les victimes et qui défait des années d’efforts afin que ces dernières confient leur secret et obtiennent enfin justice. Si la parole d’une victime n’est plus une preuve valable, arrêtez de nous faire croire le contraire et soyez honnête : demandez aux victimes de se taire à jamais et de laisser les agresseurs s’en sortir impunément.

Je suis inquiet, et je ne suis pas le seul, devant le traitement cavalier de cette affaire. Le ministre et les personnes responsables de ce dossier doivent avoir un discours clair : la parole de victimes est-elle encore bienvenue et crédible au Québec ?

Alain Fortier
Président de VASAM
Auteur de « Agressé sexuellement : de victime à résilient »

QUOI FAIRE CONCERNANT L’AUGMENTATION DES VERDICTS DE NON-RESPONSABILITE CRIMINELLE POUR CAUSE DE TROUBLE MENTAL ?

Opinion – Octobre 2014

QUOI FAIRE CONCERNANT L’AUGMENTATION DES VERDICTS
DE NON-RESPONSABILITE CRIMINELLE POUR CAUSE DE TROUBLE MENTAL ?

«Entre 1992 et 2010, les verdicts de non-responsabilité criminelle pour cause de troubles mentaux ont triplé, passant de près de 400 à plus de 1200 cas au Canada. Même si le Québec regroupe 22 % de la population canadienne, pas moins de 45 % des verdicts de non-responsabilité criminelle pour troubles mentaux rendus au pays ont été prononcés par des tribunaux québécois ».
– Sénateur Pierre-Huges Boivenu

Inquiétant? OUI ! De plus en plus de criminels se tournent vers ce type de défense pour pouvoir se soustraire de notre système carcéral. Ils profitent ainsi du laxisme de notre système de justice pour alléger leur sentence.

Qu’est-ce que la non-responsabilité criminelle pour cause de trouble mental ? Selon le Code criminel (article 16), la responsabilité criminelle d’une personne n’est pas engagée si cette personne était atteinte de troubles mentaux qui la rendaient incapable de juger de la nature et de la qualité de l’acte criminel ou de comprendre que l’acte était mauvais au moment où il a été commis.

Dans les 540 cas de verdict de non-responsabilité criminelle au Québec, est-ce que tous les accusés avaient de réels troubles mentaux, ou étaient-ils plutôt des personnes qui profitent d’une faille de notre système de justice ? Lorsque l’on parle non-responsabilité criminelle, un nom nous vient immédiatement en tête : Guy Turcotte. Ce dernier a tué ses deux enfants de 27 et 19 coups de couteau. Avait-il vraiment des troubles mentaux ? La majorité de la population pense que non et la confiance du public envers notre système de justice s’est en trouvée encore plus effritée.

Malgré ce procès, je demeure convaincu qu’il y a vraiment des gens qui ont des troubles mentaux. Je suis aussi d’accord que nous ne pouvons pas emprisonner quelqu’un qui a une maladie, ou une déficience intellectuelle grave, et qui a commis un crime.

Par contre, est-ce qu’il serait temps qu’on cesse de rire de notre système de justice? OUI ! Comment faire pour différencier ceux qui sont vraiment malades et ceux qui profitent du système ? Peu de choses, car il n’y a pas de tests pour déterminer si un accusé est apte ou non à subir son procès. Menée auprès de professionnels de la santé mentale, une étude du Centre canadien de la statistique juridique sur les accusés atteints de troubles mentaux dans le système de justice pénale apporte un éclairage sur la question :

tableau

Et voici la question qui … tue ?!

Considérant qu’il n’existe pas de test fiable pour déterminer si l’accusé est criminellement responsable ou non, je crois que nous devons proposer des solutions différentes pour freiner le recours de plus en plus fréquent à ce type de défense.

Contrairement à ce que l’on peut croire, la solution peut être très simple. Voici les questions à poser :
– L’accusé a-t-il commis le crime ?
– Quelle devrait être la sentence pour ce type de crime ?

Donc, si monsieur X est trouvé responsable d’un crime et qu’il devait être condamné à purger une peine de 25 ans, mais qu’il est inapte à la prison, il devrait purger sa peine dans un institut psychiatrique. La sentence serait la même que s’il avait été en prison, sauf que l’accusé serait dans un endroit où il pourrait recevoir des soins adaptés à sa condition.

De cette façon, l’idée de plaider la non-responsabilité criminelle sera moins alléchante, parce que l’accusé devrait purger la même peine. De plus, si l’accusé a été dangereux une fois, il peut l’être deux fois. Ce n’est pas parce qu’il est médicamenté qu’il sera moins dangereux. Qui nous peut nous garantir qu’il prend ses médicaments ?

Voici donc une suggestion simple et efficace !

LE GOUVERNEMENT HARPER A TENU SA PROMESSE ENVERS LES VICTIMES

Position – avril 2014

LE GOUVERNEMENT HARPER A TENU SA PROMESSE ENVERS LES VICTIMES

Depuis que le Gouvernement Harper est en poste, il nous a promis de venir en aide aux victimes d’actes criminels. Aujourd’hui, nous pouvons dire que c’est MISSION ACCOMPLIE, grâce au dépôt du projet de loi de la charte canadienne des droits des victimes. C’est une première dans l’histoire canadienne.

La charte canadienne des droits des victimes donnera quatre types de droits aux victimes d’actes criminels :
· droit à l’information ;
· droit à la sécurité ;
· droit à la participation ;
· droit au dédommagement.

C’est une avancée majeure pour les victimes, car elles auront enfin des droits qui viendront équilibrer ceux qui n’étaient jusqu’alors octroyés qu’aux criminels. En effet, depuis de trop nombreuses années, les victimes n’avaient pas leur place dans notre système judiciaire. Grâce à la charte des droits des victimes et au projet de loi C-26, déposé le 26 février 2014, il sera maintenant plus facile de convaincre les victimes de dénoncer leurs agresseurs.

Nous ne pouvons que nous réjouir de ce nouveau projet de loi et le soutenir avec vigueur.

Alain Fortier
Président et co-fondateur de Victimes d’Agressions Sexuelles Au Masculin (VASAM)

À propos de VASAM

VASAM est un organisme sans but lucratif qui a pour mission de conscientiser la population et les instances politiques sur la problématique des agressions sexuelles perpétrées sur les hommes, à tous les âges de la vie, et d’encourager les hommes à demander de l’aide pour briser leur isolement et reprendre le contrôle de leur vie.

Conférence de presse de Marie-Renée Baillargeon

Conférence de presse – 15 janvier 2014
NOTES POUR MONSIEUR ALAIN FORTIER
PRÉSIDENT DE président de VASAM (Victimes d’Agressions Sexuelles Au Masculin)
à l’occasion de la conférence de presse de Marie-Renée Baillargeon


MADAME BAILLARGEON,
REPRÉSENTANTS DES MÉDIAS,
MESDAMES ET MESSIEURS,

Je tiens premièrement à féliciter publiquement Mme Baillargeon pour son courage et sa détermination.

Décider de passer à l’action et dévoiler à la police l’agression qu’elle a vécu est remarquable. Dévoiler publiquement son identité pour pouvoir se battre et obtenir justice est un grand acte de courage.

Mme Baillargeon, vous avez toute mon admiration.

Aujourd’hui est une journée sombre pour les victimes. Encore une fois, nous avons l’impression que notre système de justice n’est ni transparent, ni intègre. Nous avons l’impression qu’il existe deux systèmes de justice : le premier pour le gens comme vous et moi, et le second pour les gens de renom qui ont de très bons contacts politiques.

En tant que victime, je n’oserais sûrement pas me présenter aujourd’hui au poste de police pour dénoncer mon agresseur s’il était quelqu’un de connu. Je me dirais que, comme dans le cas de Mme Baillargeon, le procureur ne voudrait pas porter d’accusations.

Déjà que les peines sont trop clémentes pour ce type de crime, s’il y a en plus le moindre risque de ne pas pouvoir poursuivre mon agresseur, je garderais mon secret.

Est-ce vraiment cela que nous voulons en tant que société?

 

Depuis le cas de Nathalie Simard, nous avions beaucoup progressé. Aujourd’hui est par contre un immense recul pour les victimes d’agression sexuelle.

Je suis très déçu de la réponse du Ministre St-Arnaud.

Il avait le pouvoir de rendre à la justice ses lettres de noblesses et démontrer qu’il y a une seule justice. Il avait le pouvoir de montrer que notre système de justice respecte le principe de neutralité et d’égalité. Ce qu’il n’a fait.

Encore une fois, nous avons oublié une victime. Une victime qui en cache des centaines d’autres.

Merci!