DEVRIONS-NOUS ADOPTER UN SYSTÈME DE JUSTICE À TROIS VITESSES ?

Lettre éditoriale – 13 décembre 2014

DEVRIONS-NOUS ADOPTER UN SYSTÈME DE JUSTICE À TROIS VITESSES ?

Depuis quelques années, nous entendons parler de systèmes à deux vitesses, et ce, dans plusieurs domaines, par exemple, notre système de santé ou encore notre merveilleux système de justice. Une justice pour les notables et une autre pour le peuple. Souvenons-nous du cas de Marie-Renée Baillargeon, dans lequel le Directeur des poursuites criminelles et pénales (DPCP) a refusé de porter des accusations contre un avocat très connu de Québec .

Aujourd’hui, j’aimerais proposer à la ministre de la Justice un nouveau système de justice. Rien à voir avec le système à deux vitesses dont je parlais précédemment, plutôt un système de justice à trois vitesses. Selon moi, ce mode de fonctionnement serait beaucoup plus juste et équitable.
La première vitesse toucherait le plus de gens, c’est-à-dire les hommes qui sont des agresseurs. Selon les statistiques , dans 97% des cas, l’auteur présumé des agressions sexuelles est de sexe masculin. Pour cette première catégorie, nous pourrions donner les peines maximales à chaque fois. De cette façon, nous envoyons un message clair aux hommes : arrêtez d’agresser les femmes.

Les deuxième et troisième vitesses toucheraient beaucoup moins de gens, parce qu’il s’agit d’une dimension très peu documentée : nous parlons, bien sûr, des hommes victimes d’agressions sexuelles. Puisque le taux de dévoilement est minime chez les hommes, nous parlerons de cas d’exception. Malgré tout, une étude américaine démontre que dans 46% des cas, les auteures présumées d’agressions sexuelles sur les hommes étaient des femmes. Malheureusement, nous ne sommes pas des Américains, mais bien un peuple distinct : nous ne pouvons donc accorder de valeur à cette étude.

La deuxième vitesse concernerait les agresseurs de sexe féminin, plus précisément les femmes plus âgées, ou moins attirantes, ou laides et grosses. Nous devrions cependant donner des peines plus clémentes que celles des hommes, qui sont tous, par nature, des brutes sanguinaires. Nous avons un exemple récent dans les journaux – je ne commenterai pas la beauté de l’agresseure, mais soulèverai plutôt son âge : 53 ans ; elle a reçu une peine de 90 jours de prison à purger de façon discontinue . Il est quand même moins pire de se faire agresser par une femme que par un homme, non ?

1http://www.droit-inc.ca/article11699-Agression-sexuelle-l-avocat-sera-t-il-accuse et http://www.lapresse.ca/le-soleil/actualites/justice-et-faits-divers/201401/15/01-4729140-presumee-agression-par-un-avocat-de-quebec-le-ministre-ninterviendra-pas.php
2http://www.agressionssexuelles.gouv.qc.ca/fr/mieux-comprendre/statistiques.php
3http://www.slate.fr/story/90153/hommes-viol
4http://www.lapresse.ca/le-soleil/actualites/justice-et-faits-divers/201412/01/01-4824229-relation-sexuelle-avec-un-ado-de-14-ans-90-jours-de-prison-pour-la-mere-cool.php

Et pour la troisième vitesse : les cas où l’agresseur est une jolie jeune femme, ou une jeune professionnelle, ou, encore mieux, une belle enseignante en position d’autorité. Dans ces cas, je ne donnerais aucune sentence. Je lui remettrais peut-être même un titre honorifique : « dépuceleuse engagée ». Nous pourrions la remercier pour sa contribution à dépuceler nos jeunes, de sa volonté à vouloir leur montrer ce qu’est la vraie vie. Ces jeunes sont tout de même mieux préparés à un avenir prometteur !

J’espère que vous avez compris que je suis ironique. Par contre, je ne suis pas loin de la vérité ou, du moins, de la perception que plusieurs d’entre nous ont de notre système de justice. Quand un homme agresse, il faut le punir sévèrement, et avec raison. Par contre, quand l’auteure est une femme, les peines sont plus clémentes. Comme si les séquelles des hommes qui en sont victimes étaient moins graves.

Je me pose plusieurs questions, la plupart demeurant sans réponse :
– Qui peut nous certifier, avec précision, quelles seront les séquelles pour une victime d’agression sexuelle ?
– Est-ce que les séquelles d’une victime homme sont moindres que les séquelles d’une victime femme ? Si oui, dans quelle mesure ?
– Qu’en est-il des séquelles d’une femme qui a été agressée par une autre femme ?
– Après combien de mois ou d’années la victime réalisera-t-elle l’ampleur des dégâts sur sa vie ?
– Quelle est la différence entre une femme et un homme agresseur ?
– Voulons-nous vraiment d’un système de justice à trois vitesses ?

Je crois que dans la majorité de mes questions, il est impossible d’obtenir une réponse claire. Chaque cas d’agression est différent, chaque victime est différente et réagira différemment. Même les psychologues et psychiatres, dans une même cause, n’arrivent pas à la même conclusion.

Si nous ne voulons pas d’un système de justice à trois vitesses, nous devons commencer à nous questionner dès maintenant sur nos jugements de valeur. Plus nous allons prendre conscience de nos incohérences, plus nous pourrons améliorer notre système judiciaire.

Bonne réflexion!

Alain Fortier
Président de Victimes d’Agressions Sexuelles Au Masculin (VASAM)
et auteur de Agressé sexuellement : de victime à résilient

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