QUE FERA L’ORDRE DES PSYCHOLOGUES ?

Lettre éditoriale – 11 mai 2014

J’aimerais réagir à la suite de la parution, le 4 mai dernier, du texte écrit par Yves Dalpé, psychologue. Son texte s’intitule : « Dénonciation des sévices sexuels : attention aux abus ». J’ai pris quelques jours pour écrire ces lignes, car je désirais produire un texte franc, sans être trop virulent. Le texte de Monsieur Dalpé me laisse un goût amer et m’amène à me demander si beaucoup de psychologues pensent comme lui.

Dès le premier paragraphe, il banalise les abus sexuels en disant que – et je le cite – « (…) certaines situations donnent lieu à des réactions injustifiées et disproportionnées ». Par la suite, il minimise les gestes reprochés en nous donnant un exemple – un peu boiteux – d’un homme âgé qui a été dénoncé pour des gestes commis il y a 40 ans. Il nous dit que trop souvent on démonise des hommes qui ont eu « des écarts sur le plan sexuel » et qu’il faudrait faire la différence entre un geste qui ne s’est jamais reproduit et des comportements clairement abusifs.

Il en rajoute en disant que certains individus sont répréhensibles sur le plan sexuel. Son exemple ? Les gens qui ont de multiples relations extra-conjugales sans se sentir coupables. Son constat : il est moins grave d’être un  »mononcle » qui a trop bu et qui a effleuré le sein de sa nièce qu’un mari infidèle à répétition.

Finalement, les victimes et les agresseurs sexuels devraient se parler dans la dignité plutôt que de partir en guerre. Et la claque finale : les victimes ne devraient pas nécessairement dénoncer publiquement leurs agresseurs puisque, toujours selon monsieur Dalpé, « l’agresseur est souvent une personne aimée par l’enfant abusé ».

Monsieur Dalpé, j’ai quelques questions pour vous :

– Un pédophile peut-il être guéri ?
– Une plainte unique élimine-t-elle automatiquement d’autres victimes ?
– Statistiquement parlant, un agresseur a-t-il tendance à faire une seule ou plusieurs victimes ?
– Une agression sexuelle peut-elle réellement être considérée comme un écart de conduite ou est-ce un acte criminel répréhensible par la loi ?
– Un geste qui ne s’est jamais reproduit ne peut-il pas être abusif ?
– La victime n’est-elle pas la personne la mieux placée pour déterminer si c’est bon pour elle de dénoncer publiquement son agresseur ?
– Connaissez-vous beaucoup de cas d’abus sexuels qui se sont réglés dans la dignité – du moins pour la victime ?
– Abuser sexuellement d’un enfant peut-il vraiment être considéré comme une démonstration d’amour de la part de l’agresseur ?

Aujourd’hui, nous demandons à l’Ordre des Psychologues d’agir le plus rapidement possible. Nous aimerions connaître sa position face à un psychologue qui nous laisse croire que les abus sexuels sont des gestes banals, que de parler avec son agresseur est une meilleure solution que de le dénoncer et que c’est la faute de la victime si, après avoir été dénoncé, son agresseur voit sa vie être brisée.

Alain Fortier
Président de Victimes d’Agressions Sexuelles Au Masculin (VASAM)
Auteur du livre : « Agressé sexuellement, de victime à résilient ».