Témoignages

[wpspoiler name= »CHRISTIAN BERGERON » style= »wpui-dark »]
Christian Bergeron, 43 ans, est électricien de profession et habite la Ville de Québec.

Son histoire débute le 1er juin 1974, alors qu’il avait quatre ans.

Ce jour-là, il jouait devant sa maison. Un inconnu l’a enlevé, puis l’a apporté à trois kilomètres de la maison, dans un boisé. Il a abusé sexuellement de lui, l’a battu à coups de bâton et l’a laissé pour mort dans un trou. Il a été retrouvé quelques heures plus tard par des passants.

Il a ensuite reçu des traitements psychologiques à l’hôpital l’Hôtel-Dieu du Sacré-Cœur de Jésus. À l’époque, quelques traitements seulement et il était considéré comme guéri…

À quatre ans, on tente d’oublier ce genre de chose, le plus vite possible. Même à quatre ans, la honte s’empare de nous.

Vingt-quatre ans plus tard, son premier fils a eu quatre ans à son tour. Une phobie s’est emparée de lui : il ne pouvait cesser d’imaginer pour son enfant un destin semblable ou pire au sien. Puis le temps est passé, estompant ses terreurs.

Le tout lui est revenu à nouveau, lorsque Nathalie Simard a dénoncé son agresseur. Cette fois-ci, il a dû rechercher de l’aide. Il a donc consulté un professionnel de la santé mentale. Puisque dernier pleurait lors des rencontres, Christian a décidé d’arrêter les consultations.

Le clou final s’est déroulé en octobre 2009. L’entreprise pour laquelle il travaille avait décroché un contrat à l’hôpital l’Hôtel-Dieu du Sacré-Cœur de Jésus. Christian n’y avait pas remis les pieds depuis ses traitements, à l’âge de quatre ans. En y arrivant, les souvenirs ont afflué : il revoyait clairement des scènes qu’il avait refoulées loin dans sa mémoire.

Il a demandé les rapports médicaux de son dossier et il a dû consulter à nouveau. Cette fois, la psychologue qui le traitait lui convenait parfaitement. Elle a su l’aider à faire la paix avec ses souvenirs douloureux. Les résultats sont au-dessus de ses attentes : il est maintenant capable de parler ouvertement des événements traumatisants qui ont fait basculer sa vie, il y a très longtemps.

Suite au reportage de Paul Arcand (Nathalie Simard), il a rencontré la police pour faire rouvrir l’enquête, mais en vain : tous les dossiers ont été détruits quinze ans après l’incident. Est-ce normal? À vous d’en juger… Il voulait faire rouvrir l’enquête, car il croyait savoir qui était son agresseur. Seulement, les autorités lui ont déconseillé de le faire, faute de preuves. En 1974, les enquêteurs ne prenaient pas l’ADN. À moins que son agresseur n’avoue après toutes ces années, la justice ne pouvait rien faire.

L’épreuve la plus difficile qu’il a eu à traverser, c’est lorsqu’il a réuni ses trois fils pour leur raconter son toute histoire. Trente-cinq ans et plusieurs thérapies plus tard, toute la mésaventure était fraîche dans sa tête. Comme elle l’est toujours aujourd’hui.

Ses parents ont eu la chance de le retrouver, mais on ne peut malheureusement pas en dire autant pour tous les parents d’enfants enlevés.

Vous vous croyez peut-être assez fort pour passer à travers seul, mais c’est une erreur! Vous devez avoir de l’aide, et surtout une aide appropriée!

Christian vous conseille fortement de consulter, c’est tellement mieux pour vous et vos proches que vous aimez. La vie est plus facile et plus simple par la suite.

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[wpspoiler name= »DENIS CLOUTIER » style= »wpui-dark »]
Les évènements que je vais vous raconter se sont produits des années 1959 à 1986.

Dire qu’il était supposé être un protecteur pour moi!

Les sévices sexuels ont débuté dès l’âge de 8-9 ans, et ce, jusqu’à l’âge de 21 ans. Les agressions s’en suivaient de récompenses de toutes sortes. Oui, le curé devait me donner la meilleure éducation possible!

Avec lui, j’appris des bonnes choses, et d’autres m’ont amené à ma destruction. Par moment, ce fut l’enfer. J’ai commencé très jeune à prendre de la boisson (bol gin) pour me geler et être en mesure de faire ce qu’il me demandait. Parfois, il m’en donnait tellement que j’étais malade.

Les jours passaient et les abus sexuels étaient toujours plus fréquents : du french kiss, aux attouchements, des fellations, de la sodomie et ce, même si je disais non. Il me disait que j’étais fort psychologiquement, puis il continuait pareil. Tout cela se passait soit à son chalet au Lac de L’Est, dans sa voiture ou encore dans des motels de Québec.

Quand un jour, je lui ai dit que j’aillais tout dire à mes beaux-parents. Il a pris les devants et il leur a tout raconté. Malheureusement, ils aujourd’hui sont décédés.

Ce que j’ai vécu et perdu à cause de ces agressions, c’est énorme : mon enfance, mon adolescence et une partie de ma vie d’adulte. De plus, j’ai perdu des années merveilleuses avec mes propres enfants, parce que je n’osais pas les toucher, de peur d’être comme lui.

Il a aussi eu du harcèlement de la part de ce curé, jusqu’à mon mariage. Ajoutez les problèmes dans mon couple parce que ma conjointe pensait que j’étais homosexuel…

J’ai fait une thérapie fermée à la maison d’entraide l’Arc-en-ciel, parce que j’avais des problèmes de consommation. Je voulais tout effacer de moi et de mon corps. J’avais de la difficulté à m’intégrer dans la société, car mon estime personnelle était très mauvaise.

Le comble du malheur, c’est qu’en 1986, j’ai dû quitter le travail pour aller identifier le curé à la morgue. Eh oui, il s’était pendu à son chalet. Peut-être avait-il trop de remords?

Tout ce que j’ai vécu, je ne le souhaite à personne. Aujourd’hui encore, je travaille sur moi à partir du piano. Je me surprends parfois à pleurer quand je pense à mon enfance. Je sais que le chemin de la guérison peut être long, mais j’y chemine et je vais m’en sortir.

Denis Cloutier

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[wpspoiler name= »JEAN POULIN » style= »wpui-dark »]
Je suis né dans un village très agréable. Je demeurais dans une rue très animée, car il y avait beaucoup d’enfants de mon âge. Je me souviens de la patinoire derrière l’école, où nous avons fait, mes copains et moi, tant de parties de hockey et quelques tournois de soccer.

J’avais, à cette époque, un grand ami qui demeurait à quelques pâtés de maisons de chez moi. Nous étions toujours ensemble. Nous fréquentions la même école, la même classe, le même club de hockey. Sous l’estrade de l’autodrome, nous avons fumé ensemble, en cachette, nos premières cigarettes que nous avions volées à son grand-père qui dormait dans son fauteuil. Après quelques cigarettes, nous avions eu des nausées et nous étions très pâles. En entrant chez moi, mon père s’en était aperçu tout de suite et m’avait grondé! Je suis le quatrième enfant d’une famille de six enfants. Nous n’étions pas riches, mais nous étions heureux.

Malheureusement, tout a basculé pour moi et mon ami au mois de juillet, alors que j’avais 12 ans.

En nous baladant en vélo dans la cour de l’église, un homme nous demanda de venir vers lui. Il était sur la galerie du presbytère. Je le reconnus, car j’assistais à l’office religieux du dimanche matin. C’était le curé. Il nous parla d’une rocaille qu’il voulait faire à son chalet et si nous serions intéressés à peindre des roches au presbytère, en spécifiant qu’il nous paierait bien. Moi et mon ami avons accepté, bien sûr.

La première rencontre s’est bien déroulée. Je me souviens des lieux physiques du chalet : le cabanon à l’arrière, la porte d’entrée, le divan à la gauche et un téléphone noir à cadran accroché au mur près de la porte. Il nous a fait entrer, a ouvert le divan-lit et nous a invités à nous allonger avec lui pour nous reposer, avait-il dit, en attendant l’appel d’un électricien. Nous étions allongés, lui dans le milieu, moi à sa gauche et mon ami à sa droite. Il nous a taquinés, nous a chatouillés. Puis le téléphone a sonné. C’était l’électricien. On s’est levé et on a fermé le divan-lit. Il nous a donné chacun 2$ et notre première rencontre s’est terminée ainsi. J’étais suis heureux de recevoir cet argent, car ma bicyclette de fille était toute soudée et je voulais en avoir une autre.

Les deux rencontres suivantes en seront deux de terreur pour moi et mon copain.

Même scénario : ouverture du divan-lit. On s’allonge près de lui de la même façon que la dernière fois. Nous sommes couchés les trois sur le dos. Il met sa main gauche sur mon ventre. Je fige. Il la descend jusqu’à mon pénis, par-dessus mon pantalon. Je jette un coup d’œil vers mon copain. Il fait la même chose avec lui, nous flattant constamment. Il se retourne vers moi et je le regarde l’espace d’un instant. Je vois un homme avec des yeux sortis de ses orbites, des lèvres épaisses et pulpeuses, de la bave qui perle sur le bord de sa bouche et sur son menton. Il commence à m’embrasser dans le cou. Je sens sa salive couler dans mon cou. J’ai les yeux pleins d’eau et j’aimerais crier, me sauver. Je suis pétrifié, terrorisé, je prie pour que le téléphone sonne. Finalement, il s’arrête et nous donne chacun 2$. Mon copain me regarde. On ne parle pas.

Dernière rencontre. Le curé insiste pour qu’on l’aide à finir sa rocaille. Nous n’entrons pas dans le chalet. Je laisse mon copain et le curé derrière moi et je me déplace vers l’avant du chalet pour voir cette fameuse rocaille, que je n’ai d’ailleurs jamais vue.

Plus tard, j’entends mon ami crier. Mon corps commence à trembler. Je retourne sur mes pas. Les cris viennent du cabanon, à l’arrière du chalet. J’avance et je crie à mon tour pour qu’il le laisse tranquille.

Mon copain sort du cabanon, très pâle, avec les yeux fixes. Le curé sort à son tour. Il me parle. Je crois qu’il essaie de me calmer, mais ça ne sert à rien. Je n’entends plus, je ne parle plus. L’espace de quelques secondes, j’ai l’impression que mon esprit se détache de mon corps. Je me demande sur quelle planète je suis. Je reviens peu à peu à moi, je me demande si nous ne devrions pas nous mettre à courir. J’ai peur et je tremble devant cet homme en face de moi. Je me sens épuisé et traumatisé, et j’ai très hâte de rentrer chez moi.

Il nous ramène au presbytère. Moi et mon copain, nous repartons à pied, chacun chez soi. Pendant le trajet on se regarde, on ne parle plus. Nous avons les yeux brisés par les émotions. Cette dernière fois, j’ai senti et j’ai eu la certitude que tous les deux, nous venions de fermer un cadenas et que nous oublierions la combinaison pour toujours.

Ces événements ont profondément perturbé ma vie, je veux dénoncer ce bourreau, cet animal qui a fait tant de mal. Je n’ai pas pardonné à ce monstre, peut-être n’en serai-je jamais capable.

Souvent, les agressions sexuelles surviennent lorsque nous sommes seuls avec l’agresseur. Là, nous étions deux et nous sommes quand même restés figés. Vous voyez à quel point c’est impossible de savoir comment vous allez réagir.

Les gars, c’est important de ne pas porter de jugement sur votre réaction. Arrêtez de vous dire que vous auriez dû agir de telle ou telle façon. Vous ne pouvez rien changer au passé. Maintenant, il est important de penser à vous et de soigner ces blessures, pour améliorer votre futur.

Jean Poulin

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[wpspoiler name= »JEAN-YVES TARDIF » style= »wpui-dark »]
Ce que je vais vous raconter aujourd’hui s’est déroulé il y a plus de quarante ans. C’est quelque chose que j’ai enfoui très loin dans mon cerveau. J’ai dû vivre avec ça durant une partie de mon enfance, toute mon adolescence et tous les jours de ma vie d’homme. J’ai appris à vivre avec, mais toujours avec un goût amer.

Je vais essayer de vous raconter mon histoire du mieux que je peux, avec mes mots et mes souvenirs d’enfant.

Quand j’avais 8 ans, le curé est venu me chercher en classe pour aller servir la messe du midi. Il m’a montré à devenir servant de messe et me récompensait en me donnant quelques sous. Pour un enfant, se faire un peu de sous quand on n’en a pas est très motivant. Durant ma 3e année, ça s’est produit assez souvent. Je me sentais en sécurité avec le curé, parce qu’il était très gentil et très patient avec moi.

Par une journée de l’été 1971, en m’en allant chez moi en bicyclette, je suis passé par le parking de l’église. Le curé était dehors avec deux jeunes adolescents qui lavaient son auto. Il m’a arrêté pour me parler et il m’a demandé si j’avais déjà été à l’intérieur du presbytère. J’ai dit non et il m’a emmené à l’intérieur.

C’était une très grande maison, il y avait beaucoup de pièces, de très grandes pièces. Nous sommes allés au 2e étage et il m’a montré toutes les chambres à coucher. Il y avait même une pièce où il faisait pousser des plantes pour l’église, et, juste en face de celle-ci, il y avait sa chambre à coucher, qui donnait dehors où il y avait les deux autres garçons.

C’est là qu’il m’a pris et m’a mis sur son lit. Il a commencé à me caresser et les agressions ont commencé. Je peux vous dire qu’à ce moment-là, je ne savais pas ce qui se passait, mais je devais lui faire confiance et il était très doux. C’est là que tout a commencé. Pour plusieurs mois.

J’allais servir la messe et après, quand tout le monde était parti, il me montait au 2e étage de la sacristie et il recommençait. J’allais souvent au presbytère, car il me faisait faire des petites jobines, toujours très près de lui.

Une journée, il m’a demandé si je voulais rester à coucher. J’ai dit oui, je suis allé demander à mes parents et je suis retourné avec mon pyjama. Il m’a montré la chambre. C’était celle qui était à la gauche de l’escalier. Une chambre un peu plus petite que la sienne.

Un peu plus tard, je me suis réveillé avec lui à côté de moi et il a commencé à m’embrasser pendant longtemps. Je me rappelle encore la senteur qu’il dégageait. Il a enlevé mon pyjama pour pouvoir me sentir un peu plus. Il est revenu plusieurs fois dans ma chambre durant la nuit, parce que je me souviens avoir trouvé ça long et fatigant.

Il me récompensait en me donnant des cadeaux, par exemple, des crayons de couleur en bois, une grosse boîte rouge avec plein de crayons de différentes couleurs. Quelque chose que je n’aurais jamais pu avoir de mes parents, puisque l’argent n’était pas une chose qui pleuvait chez nous.

En mai 1972, mon frère Jacques est décédé et le curé est venu à la maison. J’étais en crise, en état de choc, je venais de voir mon frère mort. Je pleurais et je criais beaucoup. Il m’a pris et m’a emmené dans ma chambre. Il a fermé la porte derrière lui, m’a couché sur le lit et il a commencé à me caresser, jusqu’à ce que je me calme. Une fois calmé, il m’a embrassé.

Il m’a même emmené à son chalet d’été à Disraeli quelques fois. J’étais son jouet et il savait quoi faire avec moi. Je ne savais pas si c’était bien ou mal, mais j’y allais. C’était le curé. C’était notre secret et personne ne devait le savoir, même pas ma mère.

Et il savait très bien comment me récompenser en me donnant des petits cadeaux et un peu d’argent, pour que je m’achète des choses que je n’aurais pas pu m’acheter normalement. Cet homme savait de quel milieu je venais. Il savait quel genre de père j’avais et il a très bien su comment s’en servir. J’avais besoin d’attention et il a trouvé un moyen pour m’en donner.

Ça fait déjà plus de 40 ans et je peux dire que je n’avais pas besoin de cette forme d’attention. Je vis avec ces pensées qui me hantent chaque jour. Parfois, je pense qu’il aurait dû me tuer, parce qu’il a tué mon enfance et mon adolescence. Il a aussi fait bien des dommages dans ma vie d’adulte.

J’ai souvent pensé à me suicider, mais je ne l’ai jamais fait. Pourquoi? Je ne le sais pas. Quelque chose m’encourageait à continuer, à persévérer.

Il y a un message que j’aimerais laisser aujourd’hui : protégeons nos enfants! De plus, si vous êtes un adulte et que vous avez vécu des agressions, parlez, dénoncez, agissez, prenez action. Ne gardez pas ce lourd secret pour vous. Vous n’êtes pas seul et il existe de plus en plus d’aide spécialisée pour les hommes.
Tenez bon et passez à l’action,
Jean-Yves Tardif
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[wpspoiler name= »PIERRE BOLDUC » style= »wpui-dark »]
1969, Robertsonville.

À partir de l’âge de six ans, j’ai été servant de messe. De plus, mon frère et moi avions l’habitude d’apporter tous les lièvres que nous attrapions dans nos collets à Monsieur le Curé. Il aimait beaucoup et il nous les payait 25 sous chacun. Il aimait aussi beaucoup le hockey et il nous invitait au presbytère, les samedis soirs, pour regarder les matchs à la télé. Nous aimions beaucoup ces invitations, car il nous offrait toujours des liqueurs et des chocolats.

Quand nous avons changé de curé, tout a basculé. Comme nous avions l’habitude d’aller au presbytère, nous avons donc continué. Au début, tout allait bien. Nous allions souvent jouer au ping-pong dans le sous-sol et il venait souvent patiner à la patinoire extérieure du village les soirs et les samedis. Il y avait toujours beaucoup d’enfants.

Tout a commencé graduellement. Quand nous jouions au ping-pong, il était pratiquement toujours présent et il nous agaçait en nous retenant et en nous frottant la figure avec sa barbe. Mon frère aîné a commencé à se débattre et à s’en éloigner. Moi, je trouvais ça rigolo, je prenais ça pour un jeu.

Un jour, il nous a proposé d’aller à Québec avec lui voir un film au cinéma. Ayant obtenu la permission de nos parents, nous avons accepté. Étant issus d’un milieu pauvre et d’une famille de sept enfants, les occasions d’aller à Québec étaient très rares. Nous y sommes donc allés. Le film en question, je m’en souviens très bien, était « Les souliers de Saint-Pierre », avec monsieur Anthony Quins comme acteur principal.

De retour au presbytère, il nous a proposé d’y passer la nuit. Mon frère ayant refusé, il se chargea d’avertir mes parents que moi je dormirais là. Étant donné que c’était le curé du village, il ne pouvait rien m’arriver, non? Malheureusement, ce ne fut pas le cas. Il m’a indiqué où se trouvait ma chambre et m’a souhaité bonne nuit. Cette première nuit où j’ai dormi au presbytère, dans la deuxième chambre à gauche en haut de l’escalier, a fait basculer mon existence.

Très peu de temps après, j’ai entendu la porte ouvrir et je me suis retourné. C’était lui. Il s’est approché de moi et m’a dit qu’il venait me réchauffer (c’était l’hiver). Vous pouvez tenter d’imaginer la suite. C’était la première fois que j’avais des contacts sexuels. Lorsqu’il est sorti de ma chambre, je me suis rhabillé et je me suis endormi, en larmes.

Le lendemain matin, il était aussi gentil que la veille. Il m’a dit qu’il m’aimait beaucoup et m’a renvoyé chez moi. Il s’est passé plusieurs semaines avant qu’il ne me réinvite à dormir au presbytère. Comme j’étais servant de messe, il en profitait pour me garder seul après la messe.

Quand l’été arrivait, comme j’aimais bien jouer au tennis, il me prêtait sa raquette. Évidemment, sous certaines conditions à caractère sexuel. Il possédait aussi un chalet au « Lac-de-l’Est », à St-Joseph-de-Coleraine. Je me souviens qu’il m’y amenait souvent les vendredis et samedis, pour pouvoir « mieux s’occuper de moi », disait-il. Dans le petit chemin du lac, il stationnait l’auto en bordure et me faisait passer par-dessus lui pour me montrer à conduire. Bien évidemment en me frottant un peu partout au passage.

Pendant toute cette période, je savais au fond de moi que ce n’était pas normal, mais j’avais une peur bleue d’en parler à quiconque de peur qu’on ne me croie pas et aussi d’être accusé de menteur. « Voir si monsieur le curé faisait des choses semblables. » C’était impensable, à l’époque. En même temps, j’avais tellement honte de moi que je me suis refermé sur moi-même. C’est à cette période que mon bégaiement s’est accentué. Je pouvais à peine dire mon nom sans beaucoup d’hésitations. À l’école, c’était épouvantable. Quand venait le temps de passer en avant pour un exposé oral, je n’en dormais pas des nuits entières. Bien sûr, les autres élèves ne manquaient pas de se moquer de moi aux récréations.

Puis, une journée, j’ai dit à ma mère que je trouvais étrange le comportement de Monsieur le Curé, sans mentionner trop de détails, et que je n’aimais pas ça du tout. Nous étions seuls dans le salon, en train de regarder la télé. Elle fut très choquée et me dit de ne plus y retourner. Elle a fait pour le mieux, étant donné l’époque. C’était un tout petit village, et Monsieur le Curé était l’autorité suprême. Aussi, pendant cette période, mon père allait souvent au presbytère pour réparer la motoneige de Monsieur le Curé. Nous avions besoin de cet argent à la maison.

J’étais presque toujours présent à ces moments-là. J’étais incapable de lui dire ce que le curé me faisait quand il était seul avec moi. J’avais peur qu’il ne perde ce travail dont nous avions besoin.

Quand le temps de sortir avec des filles arriva, j’ai eu beaucoup de difficulté. Je n’ai jamais fait les premiers pas. Mes premières expériences sexuelles ont été pénibles. J’avais une honte terrible de ma nudité. Je n’étais pas capable de rester nu devant une femme. Je me suis marié à 21 ans et nous avons divorcé neuf ans plus tard. Je ne lui ai jamais révélé ce terrible secret, pas plus d’ailleurs qu’aux autres femmes que j’ai connues.

Sauf ma copine actuelle. Je suis en couple avec elle depuis bientôt 18 ans et je l’aime énormément. Elle m’aide beaucoup dans mon cheminement, me fait réfléchir, m’appuie. Elle m’a aussi aidé dans ma décision à dénoncer mon agresseur, même s’il est décédé. Elle me dit de le faire pour moi d’abord. Je ne suis désormais plus seul dans mes démarches : ma conjointe, mon copain Roger et mon fils me supportent.

Pour ma part, je veux dénoncer mon agresseur pour me libérer de ce boulet que je traîne depuis tant d’années et aussi pour que d’autres victimes comme moi (car il y en a beaucoup) puissent avoir le courage et la détermination de dénoncer pareilles atrocités de la part de curés, de religieux, de religieuses, d’évêques ou de toute personne qui gravite dans les sphères de la religion (catholique ou non). De telles choses ne doivent plus se reproduire, jamais. C’est assez : il faut que ça cesse.

Les gars, il est important d’en parler et de demander de l’aide pour se libérer de ce boulet. Seul, c’est une tâche impossible. Cependant, avec de l’aide, il est possible de croire en une vie meilleure et, surtout, il est possible d’y accéder.

Bon courage, bonnes démarches!
Pierre Bolduc

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