UN APPEL À LA COALITION

Lettre éditoriale – 10 novembre 2014

Dans la foulée des nombreuses dénonciations sur twitter #AgressionNonDenoncee, il y a beaucoup de personnes qui ont décidé de briser le silence. Plusieurs journalistes et blogueurs ont également fait des articles intéressants félicitant le courage des victimes et les incitant aussi à dénoncer.

Je l’ai dit à plusieurs reprises cette semaine, nous ne pouvons que nous réjouir de ce qui se passe présentement. C’est toute notre société qui en sortira gagnante, en comprenant mieux la problématique très complexe des agressions sexuelles.

Je suis le premier à dire qu’il faut dénoncer les agresseurs. Ne croyant que très peu à la réhabilitation, principalement pour les récidivistes, je crois fermement qu’il faut punir adéquatement les agresseurs et augmenter les peines, pour plusieurs raisons.

Malgré tout, une certaine déception m’habite et me laisse un goût amer dans la bouche. En effet, il m’arrive souvent de parler avec des victimes. Et j’ai remarqué que plusieurs femmes prennent la cause des agressions sexuelles comme si elles étaient les seules victimes et que les hommes sont tous des salauds et des agresseurs.

Oui, il y a plus de victimes féminines d’agressions sexuelles que de victimes masculines. Oui, la majorité des agressions sexuelles sont causées par des hommes. Par contre, attention Mesdames, on se base uniquement sur un taux de dévoilement de 10% et on sait que les hommes sont moins enclins à dénoncer leur agresseur, pour diverses raisons. Avec ce maigre taux de dévoilement, les statistiques disent que 1 femme sur 3 et 1 homme sur 6 seront victimes d’agressions sexuelles dans leur vie. Une étude aux États-Unis énonce que 38 % des victimes sont des hommes et que, dans 46% des cas, l’agresseur est une femme. Nous n’avons que très peu de données concernant les hommes victimes d’agressions sexuelles, et encore moins sur les femmes agresseurs.

Avec ces statistiques, nous pouvons affirmer que les hommes ne sont pas les seuls auteurs des agressions sexuelles. Il serait bien de cesser de dire, par exemple : « Dans le silence consentant du jeune homme qui laisse son ami profiter d’une fille saoule » ou « le geste irrespectueux posé par un homme qui se croit tout permis ». Pourquoi ne pas remplacer, à partir de maintenant, le mot « homme » par le mot « agresseur »?

1http://www.msss.gouv.qc.ca/sujets/prob_sociaux/agression_sexuelle/index.php?des-chiffres-qui-parlent
2http://www.slate.fr/story/90153/hommes-viol

Le but n’est pas de continuer une guerre des sexes et de dire que l’un est pire que l’autre; il faudrait plutôt tout remettre en contexte. Je crois que nous devons tous faire un examen de conscience, autant les hommes et que les femmes. En effet,

– Combien de personnes, tant hommes que femmes, ont vu un oncle  »taponneux », et n’ont rien fait, sauf peut-être détourner le regard ?
– Combien de mères – prétextant vouloir préserver l’unité familiale – n’ont pas porté assistance à leur fille lorsqu’elle leur a annoncé être victime d’agression sexuelle par leur père ?
– Combien de prêtres ont été témoins des gestes déplacés de la part de leur(s) collègue(s) et n’ont rien fait pour protéger ainsi leur congrégation ?
– Combien de directeurs (trices) d’école n’ont pas porté plainte à la police alors qu’un élève demandait assistance ?
– Combien de policiers n’ont pas cru une victime et n’ont pas voulu faire d’enquête ?
– Combien de signalements ont été faits à la DPJ, de la part d’un entourage inquiet d’une situation douteuse, et pour lesquels aucune enquête n’a été entreprise ?

Je suis persuadé que je pourrais continuer cette liste encore longtemps et vous donner plusieurs autres exemples. Ce que je veux démontrer ici, c’est que nous sommes tous responsables, à différents niveaux, pour protéger les victimes, et ce, qu’elles soient des femmes ou des hommes (même ces derniers sont supposés être forts et être capables de se défendre).

Nous avons mis sur pied un organisme qui vient en aide aux hommes victimes d’agressions sexuelles. Pour moi, « femmes » et « hommes » se confondent en « victimes » et nous devons les aider. À titre d’exemple, notre organisme a été le premier à prendre position en faveur de Marie-Renée Baillargeon , en demandant au Ministre de la Justice de renverser la décision du directeur des poursuites criminelles et pénales de ne pas porter d’accusations. Un organisme d’hommes qui défend une femme ? Oui, parce que c’est une victime, point final. Nous avons déposé deux mémoires , l’un au Sénat et l’autre à la Chambre des communes, pour mieux protéger les victimes. Est-ce que nous représentons seulement les victimes masculines? Non : nous représentons TOUTES les victimes.

En terminant, mon souhait le plus grand serait que les femmes cessent de voir les hommes comme étant tous des agresseurs potentiels. Pour faire avancer la cause des agressions sexuelles, nous avons besoin des femmes et je crois humblement qu’elles ont aussi besoin des hommes. Elles ont été les pionnières pour inciter les victimes à dénoncer leur agresseur et nous devons les en remercier.

Mesdames, je ne connais aucun organisme d’hommes qui ne veut pas travailler avec vous. Au contraire, nous souhaitons tous travailler ensemble pour ainsi être plus forts et aider le plus de victimes possible. Peu importe le sexe de l’agresseur, nous devons allier nos forces et faire front commun, pour toutes les victimes.

Alain Fortier
Président de VASAM

3https://www.facebook.com/permalink.php?story_fbid=770800172947650&id=643493879011614
4Projet loi C-489 et C-32