VAGUE DE DÉNONCIATIONS

Opinion – Novembre 2014

On ne pourra assurément jamais se réjouir du fait qu’il y ait autant de victimes d’agressions sexuelles. Mais aujourd’hui est une autre journée importante pour elles. Je me réjouis en effet de constater que des victimes d’agressions sexuelles – hommes ou femmes – sortent de l’ombre pour avouer, dans les médias, ce qu’elles ont vécu, pour dénoncer leur agresseur. Je suis alors confiant en l’avenir.

Le bouillonnement actuel dans le monde des médias, quant aux dénonciations qui se sont déroulées cette semaine, offre plusieurs avantages. Premièrement, dans les journaux, on voit habituellement les agresseurs et rarement les victimes. C’est parfait ainsi, puisqu’il faut protéger les victimes qui veulent garder l’anonymat. Par contre, voir des victimes prendre publiquement la parole dans les médias permet aussi d’humaniser les victimes, car la population réalise mieux que n’importe qui peut en être une : un conjoint, un ami, un collègue, un parent.

Deuxièmement, dénoncer un agresseur lui enlève son arme la plus puissante : le silence. Les agresseurs comptent beaucoup sur le silence des victimes, qu’ils utilisent pour sévir pendant plusieurs années. Ils savent très bien que les victimes ont honte et se sentent coupables. Plus ils verront de victimes dénoncer publiquement, plus ils sentiront que le risque de se faire prendre est grand.

Troisièmement, cette situation permet aussi de sensibiliser la population à la problématique des agressions sexuelles. Faisons un parallèle avec l’alcool au volant : il y a quelques années, les gens conduisaient avec une bière entre les jambes et c’était toléré. Aujourd’hui, prendre son véhicule en état d’ébriété est mal vu, les proches allant même jusqu’à intervenir. Dans le contexte des agressions sexuelles, plus nous allons parler et sensibiliser la population à cette problématique, plus elle sera intolérante envers ce type de crime et leurs auteurs.

En terminant, je tiens à saluer toutes les femmes et tous les hommes qui ont décidé, ou qui décideront, de dévoiler publiquement ce qu’elles ont vécu. En posant un tel geste, vous aidez des milliers d’autres victimes. Il faut seulement s’assurer d’être prêt à le faire et de connaître les conséquences. En effet, une fois dévoilée, cette situation n’a plus de retour en arrière possible : il faut être prêt à vivre avec le regard et les questions des autres. Néanmoins, je demeure convaincu que parler de notre histoire fait partie du processus de guérison.

Pour ceux qui jugent les victimes, je vous demanderais de prendre quelques minutes et de faire un examen de conscience. Êtes-vous insensible parce que vous êtes déconnecté de vos émotions ? Qu’est-ce qui a causé cette déconnexion ? Est-ce que le dévoilement des autres vous dérange parce que vous êtes vous-même une victime et que vous n’avez pas la force d’en parler ? Si le fait de voir des gens dévoiler publiquement une agression vous dérange, je suis désolé, mais c’est vous qui avez un problème. Empressez-vous d’en trouver la cause.

L’histoire de Nathalie Simard a eu un impact majeur pour plusieurs victimes d’agressions sexuelles. Ce que nous vivons présentement donnera-t-il un second souffle pour inciter des milliers de victimes à dénoncer ? C’est mon plus grand souhait.